11/12/2007#17Noël, bientôt, mais déjà partout, tout le temps. Il est de bon ton de dire qu’on n’aime pas cette fête ; je ne suis pas de bon ton ; et, cher lecteur, je n’aime pas cette fête.
J’aime le froid de l’hiver et la grisaille parisienne donne un charme humide à la capitale : elle a revêtu ses plus beaux atours. La plus belle avenue du monde sentirait presque la mer, toute diodes qu’elle est, petites lucioles bleues que tout le monde est fier de déclarer vertes ! Les grands boulevards se sont habillés de leurs sempiternelles façades orientalistes qui chapeautent leurs vitrines animées desquelles des peluches désarticulées observent goguenardes les loupiots aux yeux écarquillés. Les adultes entassés sous de jolies loupiotes forment rempart, bousculent et « panurgent » : tous vont dans le même sens, tous vont voir, comparer, acheter, essayer, dépenser, râler qu’il y a trop de clients, qu’il fait trop chaud, ou trop froid, que le temps passe trop vite, etc., etc.
J’aime ces odeurs de marrons chauds qui vous prennent à la gorge et à la sortie du métro, ces relents de chrétienté, ces petits Jésus couchés dans les crèches naïves que l’on fume comme du saumon dans des nuages d’encens, ces parfums de résineux qui sont si beaux décorés parce que tu vois, cher lecteur, on a fait des efforts cette année, et qu’eux n’en feront pas pour perdre leurs aiguilles et faire chier toutes les femmes de ménage qui auront au moins mérité leurs étrennes !
J’aime les vacances qui vont me permettre de prendre le train aux heures de pointe, de m’asseoir et de faire connaissance avec une personne que je ne connais ni des lèvres ni des dents et qui va s’évertuer pendant plus de trois heures à vouloir me faire partager une vie dont je me fous éperdument, à se lever toutes les demi-heures afin de soulager une vessie trop titillée par les vibrations du transports -« mmmmmmmmhhhhhhhh ! » gémit-elle sous le régime spécial du cheminot ; « ahhhhhhhh ! » soupire-t-elle une fois qu’elle s’est délestée de ses trois goutes d’urine-, à me hurler dans l’oreille sa conversation téléphonique, juste sous le petit autocollant qui symbolise un mobile en train de dormir. Quel veinard !
J’aime retrouver ma famille avec qui je n’aurai pas le temps de partager autant de choses que je le voudrais, histoire de voir aussi les amis indéracinables de la ville où nous avons grandi. Mais je n’oublierai pas la grand-mère qui ne donne plus de nouvelles sans raison, la tante rongée par la maladie et aigrie par des jours passés à ressassés ses souvenirs, engoncée dans son fauteuil roulant, le cousin homophobe et sans aucun doute dealer -à moins qu’il n’ait eu l’idée de se lancer dans des malversations de plus grande envergure… au moins aurait-il eu une idée dans la vie, celui-là !-, bref, les hôtes parfaits pour des agapes divines.
Que de joies ineffables cher lecteur ! Toi aussi, tu dois les connaître… Et je me dis que toi aussi, tu dois aimer cette période de festivités !
04/12/2007#16Il y a peu de temps alors que je regardais un film de Téchiné, C. dans mes bras, une réplique de Catherine Deneuve a fait mouche. En se remémorant le seul homme qu’elle a aimé, elle parle de son mari -qui n’est pas ce dernier- et assène un : « Il est le seul homme que j’ai aimé ; je n’aime pas X -le mari- : je vois trop l’ennemi en lui ! »
Cher lecteur, je ne t’ai jamais parlé de M., ça viendra en son temps. Sache juste qu’il est celui qui m’a initié à l’amour, au sentiment de l’amour ; qu’il est le seul qui m’ait fait mal et failli me détruire. A chacun son poison : le mien s’appelle M.
Depuis, mon univers affectif ressemble à un no man’s land, une sorte de Beyrouth que je me refuse à reconstruire, dévasté qu’il est. Et comme l’a écrit l’ancien poète libertin Nicolas Vauquelin des Yveteaux : « Je fais peu d’amitiés et bien des connaissances / Et me trouvant partout je ne suis en nul lieu. »
Puis arrive C. : il m’aborde via un chat de rencontres malgré une présentation pessimiste un rien agressive. Rapidement, nous convenons de boire un thé en réel, nous parlons. Nous nous séparons puisque je dois partir fêter un anniversaire et nous nous revoyons le lendemain ou le surlendemain.
Depuis nous formons un couple. A quel moment j’ai craqué, je ne saurais le dire ; il faut d’ailleurs que nous nous mettions d’accord afin de fixer une date précise qui symboliserait notre union -le premier mot ? le premier rendez-vous ? le premier baiser ?-
Depuis, je suis heureux en sa compagnie, lorsqu’il se love contre moi pour regarder la télé, lorsqu’il est plaqué contre moi dans le lit, lorsque nous discutons… Il m’a souvent demandé le pourquoi ; je ne savais pas lui répondre. Catherine m’a apporté la réponse : C. est le seul homme en qui je ne vois aucun ennemi. C’est pour ça que je l’aime.
27/11/2007#15« Dans mon jeune temps » chante Lynda Lemay. Cher lecteur, puisque j’explore ce terrain et mets au jour certaines reliques enterrées dans les méandres de ma mémoire, autant que je te dise quelques mots sur l’éducation que j’ai reçue.
Partagé entre « une mère absorbée dans un travail qui ne la lâchait pas et un père fonctionnaire que je ne comprenais pas plus que ça tant tout nous opposait déjà à l’époque » comme je l’ai écrit il y a peu, je me suis fait un peu tout seul.
Ma mère m’a terriblement aimé -j’utilise cet adverbe sciemment-, mais je lui en voulais énormément de ne pas savoir faire passer son fils avant son patron : je ne la voyais pas le matin puisque je partais avant qu’elle ne se lève à l’école, et la voyais à peine le soir quand elle rentrait, stressée, pour servir et partager le repas du soir. Le coucher était tôt chez moi -je me rappelle avoir lu des tonnes de livres en cachette le soir alors que mes parents savaient très bien ce que je faisais, comme je l’ai appris bien plus tard ; mais ils laissaient faire-, donc je ne partageais de précieux moments avec elle que lors des week-ends. Grandes discussions, famille, shopping, etc., ma mère -tout comme mon père- n’étant pas portée sur les jeux de société…
Ce ne fut qu’à l’âge adulte que je sciai, bien malgré moi, le cordon ombilical qu’elle avait d’acier trempé -Je suis toujours éminemment surpris qu’aucun savant chercheur de la matière inusable et la plus solide qui soit n’ait jamais songé à la matière dont est constitué ce lien entre une mère et son fils, surtout aîné- parce que je n’ai jamais eu de crise d’adolescence : j'étais épris de liberté, mes parents ne m’ont jamais interdit quoi que ce soit étant donné que mes demandes n’avaient jamais rien d’extravagant ou de dangereux ; je faisais ce que je voulais du moment que mes résultats scolaires récompensaient correctement le peu d’efforts dont je faisais preuve à l’égard des devoirs que mes professeurs me donnaient. Mais cet épisode est un autre pan de moi qu’il n’est pas encore temps de dévoiler.
Mon père avait du temps libre pour s’occuper de moi et il a essayé d’initier l’enfant renfermé et grassouillet à bien des choses, sans succès : je déteste toujours le sport -Ah ! Quel saint homme que Churchill qui aurait dit « No sport ! »- surtout les sports d’équipe -j’exècre courir après une baballe tout comme j’exècre ceux qui courent après une baballe et ceux qui supportent les coureurs après baballe (encore heureux que ces derniers et avant-derniers n'aient pas besoin de laisse pour leur balade et besoins) - ; je ne vois pas l’utilité du tir, même si je me défendais à ce petit jeu-là -j’ai horreur du bruit en réalité- ; le bricolage ne me vaut que plaies et bosses ; la deuxième guerre mondiale m’emmerde. Bref, nos deux mondes se côtoyaient sans jamais se rencontrer et ça n’a jamais changé depuis. Nous avons juste appris à composer avec, c’est tout.
Alors, comment ont-ils fait de moi ce que je suis devenu ? Je me pose toujours la questions et en arrive de plus en plus à l’évidence que mes parents sont des magiciens qui, à coups de baguette magique invisibles, -ce sont les seuls coups possibles puisque je ne revois pas mes parents porter la main sur moi-, ont su façonner l’être que je suis devenu et pour lesquels je les remercie…
26/11/2007#14Appeler naguère « la Vendrée » pour un post et ne pas me la rappeler en rêves. J’y suis cependant retourné la nuit même. J’ai bien revu ce tout petit village perdu au centre de la France, au milieu des champs de blé ou de tournesols ; j’ai bien revu la route qui sortait de ce bourg pour mener à la propriété ; j’ai bien revu son portail blanc et sa pelouse qui aimait se perdre en une pointe ombragée de fruitiers, ses baies vitrées qui épiaient la grange transformée en garage et la pergola couverte de bignones avec les fleurs desquelles j’aimais jouer : les enfiler à chaque doigt me permettait de me transformer en un redoutable sorcier, initié des secrets de la nature et de la puissance des animaux.
Je revois également l’architecture intérieure, un enchevêtrement de pièces les unes sur les autres, la plupart du temps sans couloir : une pièce vitrée dont la construction était bien postérieure à l’achat de la bâtisse et qui servait de véranda, d’endroit à lire et de solarium lorsque l’astre se levait, la chambre bleue de mes arrière-grands-parents, la chambre baroque dans laquelle je dormais, un immense espace à vivre noyé sous des meubles épais, des meubles de campagne, lourds et fonctionnels, l’escalier raide qui montait à un étage dont je ne me souviens absolument pas, malgré mes efforts, de la géographie.
Le reste ? Encore et toujours des impressions : des menus plaisirs campagnards aux terreurs nocturnes liées à une maison trop grande et dédalienne pour l’appréhension d’un gamin, des visites familiales, et des vacances insouciantes.
Le lendemain matin, à mon réveil, j’avais cette odeur persistance dans la bouche, presque un goût, en tout cas une saveur, que je rattache depuis toujours à elle, cette entité, « la Vendrée », chaque fois que je la capte quelque part ; ce matin, encore dans les brumes parisiennes, ce parfum faisait le pont de mon passé.
24/11/2007#13Je n’ai pas la prétention de remonter le temps, mais nimbé dans l’ombre à peine éclairée de mon écran, je vais te parler, lecteur, des ces moments fugaces de mon enfance. Je n’ai pas de souvenirs extrêmement précis, des relents uniquement. Elle ne correspond à aucun sentiment précis : elle doit avoir été heureuse j’imagine, avec une mère absorbée dans un travail qui ne la lâchait pas et un père fonctionnaire que je ne comprenais pas plus que ça tant tout nous opposait déjà à l’époque. Je ne leur en veux pas du tout car je suis fier de les avoir comme parents et je les aime.
Un moment qui se dessine bien plus nettement est la naissance de ma sœur ; j’ai joué le grand frère protecteur, rien de plus normal en soi ; je lui ai tracé la voie. Pourtant elle a suivi le chemin de mon père. C’est drôle.
Des sensations éparses viennent frôler de temps à autre ma mémoire : les livres et la presse que vendaient mes grands-parents maternels et la permission de déranger des fantômes dans un magasin vide de clients le dimanche après-midi ; une odeur très particulière que je reconnaîtrais entre mille dans la propriété de mes arrière-grands-parents que tout le monde nommait « la Vendrée » ; ma grand-mère paternelle qui s’excusait de ne pas s’être levée le matin et d’avoir loupé mon arrivée en coup de vent dans sa cuisine avant de prendre le bus pour l’école ; la découverte émerveillée de Paris avec un de mes aïeux. Ils sont presque tous morts maintenant. Je ne les ai pas pleurés ; je ne sais pas pourquoi… Je pense souvent à eux, comme s’ils étaient presque encore palpables. Ca doit être ça.
Une bande de copains que je savais vouée au délitement alors que je la vivais soudée à jamais. Je ne garde d’eux qu’un ami, le seul qui ait été aussi conscient des choses en devenir que moi, bizarrement…
Et je me rappelle aussi une ville que je n’aimais pas, que je rêvais de quitter le plus vite possible : de là certainement l’omniprésence de mon imaginaire, mes bons résultats scolaires, le début d’un semblant d’exode vers un ailleurs plein de promesses.
Je ne suis pas capable de te dire quand mon enfance a pris fin puisque je ne suis pas capable de dire quand l’Enfance s’achève. Ce que je me rappelle précisément en revanche, c’est avoir dit à deux amies alors que j’approchais la vingtaine : « Quand je serai adulte… » et avoir provoqué leur hilarité. Par ailleurs, c’était une évidence pour moi : je ne serais plus un enfant quand je serais adulte, c’est-à-dire quand je payerais des impôts. C’était pragmatique, c’était -est ?- bête.
Quid de l’adolescence ? Quid des amours qui s’y attachent comme le lichen sur de vieilles pierres fissurées ? Quid de la fac et des plus belles années de la vie d’un homme si l’on en croit l’adage ? Rien, ou l’équivalent d’un vent qui passe et emporte avec lui ces lambeaux.
Et pourtant. Pourtant…
22/11/2007#12Lecteur, je me livre à toi et je suis surpris de voir le nombre que tu es… Tu laisses peu de mots, mais tu es très présent. Tu as raison de laisser peu de commentaires, mes posts se prêtant peu à la polémique, que je garde pour la réalité. Sache que je saurai, par ailleurs être impitoyable et éliminer toute trace de toi, qui ne serait pas une critique objective. Eh oui ! Je te demanderai d’être étymologique, d’être κριτικός, capable de discernement, rien de plus. Je te demande aucune image pornographique -C. est la plus belle image pornographique qui soit à mon cœur-, et je ne te souhaite pas vindicatif ou noyé dans la vinasse stérile -je ne goûte la saveur du vitriol que lorsqu’il est justifié et argumenté ; et pour ce qui est du papier hygiénique, j’ai aussi des réserves-. Sache que j’effacerai ce genre de souvenirs stériles et tu te doutes que je l’ai déjà fait il y a peu. Je ne te demande pas non plus de faire de belles phrases “sujet, verbe, compliment(s)” ; elles seraient tout aussi vaines.
Alors lecteur, que te reste-t-il ? Tant de choses ! La démarche est si vaste ! Je ne te juge pas puisque je ne te connais pas ; fais-en de même ! Essaie juste de te faire une idée de moi -qui sera fausse de toute manière puisque je ne montre ici que ce que je veux montrer, mais en toute honnêteté-, de cerner le vrai du faux, le profond du superficiel, la volonté derrière les mots. Je suis là pour t’aider, pour te guider avec bienveillance. Le Romain croyait “do ut des” ; j’en attends de même, et le silence a bien plus de couleurs que les mots. Rien n’est gratuit, tout est pesé de mon côté. Je souhaite qu’il en soit de même de ton côté…
Tu vois, cher lecteur, Voltaire n’avait pas tort lorsqu’il écrivait que “les livres les plus utiles sont ceux dont le lecteur font eux-mêmes la moitié”…
20/11/2007#11Ce soir, cher lecteur, je t’offre un voyage, des pérégrinations dont tu choisiras le rythme -pour moi, elles sont semi-circadiennes- dans un nulle part de mon être, dans une part de mon imagination. Tu sais comme elle est puissante dans ma vie, exutoire quasi réel. Peut-être pourrais-je dire que je suis un être à l’esprit vagabond et aux chevilles ancrées…Quoi qu’il en soit, cette nuit n’est pas mienne ; je te l’offre à genoux pour te remercier de me lire dans un silence presque religieux, régulièrement, avec bonté et indulgence. Je te l’offre avec ce rêve dans ce lieu d’explosions, pays où les mots sont légions et les images se catapultent, où des bris de faucon nidifient dans un arbre de brouillard ; où un noël bleu s’immobilise dans un tourbillon d’eau cristal ; où ma seule chance serait une insanité réinventée dans laquelle une éclipse entrelace, dans un amour surréaliste, le soupir de l’or ; où du chocolat fourré à la colère d’un douze novembre paradisiaque, lorsque mon amour chevauche un arc-en-ciel à l’intérieur d’une spirale, se marie à des fruits d’émeraude à travers lesquels je marche.
Espion d’une deuxième attraction fatale dans une fragmentation pourpre, fracture-toi !
Et des étoiles en moi se gaussent.
19/11/2007#10Cher lecteur, tranchons dans le vif en cette nuit profonde et froide ; ensanglantons-la ! Je te disais il y a peu que je devais te relater mon rapport au sang ; c’est donc maintenant que ça doit être écrit !
Sang… Ce liquide m’a toujours fasciné, sa dénotation, ses connotations. Je suis un sanguin dans tous les sens du terme ; je crois que C. pourrait facilement le confirmer. Je démarre au quart de tour et ne fais que très rarement preuve d’une patience infinie, si ce n’est dans mon métier. Je n’ai pu cependant choisir mon caractère comme on choisit un livre dans un rayon. Le sang m’est bien plus ancré.
Si je n’ai jamais aimé son goût, j’apprécie sa couleur lorsqu’elle tend vers celle d’un velours profond, lorsqu’il est chargé de déchets. Je suis humain, mon sang est rouge, lecteur, mais il est poison, rongé par une maladie qui me tuera, mais que je vis bien -satané paradoxe ! encore un !- : le fait d’apprendre que je devenais dangereux pour moi et pour les autres ne m’a pas inquiété, ça m’a même rassuré ; le vieil adage « in cauda venenum » devenait mon credo. Je savais dorénavant ce qui m’arrivait, ce que je devrais faire. Je prends donc un traitement, geste mécanique duquel je ne souffre pas les engrenages ; j’ai en effet la chance de ne pas les voir sur mon corps et de les gérer sans même m’en rendre compte dans le mental. Mais à peine devons-nous faire face, C. et moi, à une libido qui joue les yoyos. Il en souffre, je le sais ; pourtant il l’endure, sans me critiquer. Est-ce ça « aimer » ? Son amour m’aide également à oublier tout ça, les rares fois où je suis pollué.
Sang, nocivité délétère qui nourrit mes viscères... L’anachronisme d’un romantisme décadent ! Nosferatu, voleur de mon âme, tu n’as qu’à bien te tenir !
17/11/2007#9Un autre lieu de prédilection : les musées. Outre le fait que j’aime fréquenter ces anonymes, j’aime une fois de plus laisser mon imaginaire vagabonder devant telle ou telle peinture. Etre seul au milieu de tous. J’ai la chance de vivre dans une ville qui met en valeur ses œuvres -mais ne valorise pas ses musées-.
Sinon, à travers le monde, je citerai -eh oui, lecteur ! Je n’ai rien contre les catalogues de temps à autre…- : à Paris, le Louvre et le musée Moreau où je peux flâner des heures ; à Rome, les musées du Vatican sans hésitation aucune et à Naples, le musée archéologique ou celui de Capodimonte ; à Barcelone, le MACBA et la fondation Tàpies ; à New-York, le MOMA ; à Budapest, la galerie nationale, pleine de chefs-d’œuvre et vide d’amateurs…
Si Mishima a connu un de ses premiers orgasmes -le premier ?- en voyant un Saint Sébastien de la Renaissance, j’avoue, en ce qui me concerne, être touché par le mouvement baroque et son clinquant surfait ou par le symbolisme décadent de la fin du XIXe siècle… Et puis il y a deux œuvres : le David de Michel-Ange, dont je pourrais tomber amoureux tant je pourrais quasiment voir la veine de sa main droite palpiter lorsque je l’admire ! -là encore, il faudrait que je te parle de mon rapport au sang, cher lecteur !- et le génie du mal de Guillaume Geefs dont j’aurais aimé posséder les ailes de chiroptère, les cornes rayonnantes, les ongles crochus, anciens vestiges gothiques, et la sinistre beauté. N’a-t-on pas écrit à son sujet qu’il était « trop sublime » ?
Un de mes rêves est enfin de visiter Saint Petersbourg et le musée de l’Hermitage. Je me vois déambuler tranquille, en osmose avec C. qui aimera certains tableaux et devinera ceux qui m'émeuvent particulièrement… Voyage dans l’espace et le temps de l’humanité, dans le cœur et l’esprit de l’artiste, vision « extraspective » comme introspective…
12/11/2007#8Cher lecteur, tu te demandes peut-être où tu pourrais me rencontrer. Dis-moi où tu sors et je te dirai qui tu es… Un des lieux que j’aime à fréquenter est l’inénarrable salle noire, que j’évite le soir ou le week-end, mais où j’aime aller m’asseoir le matin. J’aime cette idée de me lever et d’y partir seul ou avec C. le plus souvent ; avec des amis plus rarement. J’aime passer ma carte dans la borne, toujours la même ; m’asseoir au dernier rang si possible ; soupirer devant les publicités trop longues, miroir de notre société de consommation -jouerais-je le vieillard aigri de trente ans en rappelant que dans mon jeune temps, j’étais fasciné par les trois bandes-annonces, la jeune femme qui venait vendre ses esquimaux dans la salle alors que le petit bonhomme lançait sa faucille dans la cible ta, taaaaaaa, ta, ta, ta, ta, ta…- ; observer dans la pénombre les quelques personnes qui deviendront pour un peu moins de deux heures mes compagnons de voyage, les intimes avec qui je vais partager un moment d’émotion et partir immobile sur une image, me clore dans les rêves d’un autre, essuyer la larme qui reflète le jeu des acteurs. 10/11/2007#7Sentir l’autre et le ressentir… Sentir l’autre de manière propre comme figurée, sentir l'autre propre ou non : de la magie des hormones de synthèse ou des effluves naturels qui se dégagent d’un vêtement jeté à terre ou d’une peau tiède. Les sens autres ne sont rien que la mise en valeur d’un aspect et donnent une « vision » presque objective de l’autre, à peine déformée par les sentiments que nous pouvons lui porter. Mais l’odorat… Ah ! l’odorat ! Rien de plus subjectif ! Rien de plus réel et imaginaire à la fois ! En sentant l’autre, nous savons ce qu’il sent, ce qu’il croit sentir, ce qu’il veut sentir ; nous découvrons ses goûts, ses actes -il a couru, il a fait l’amour…- et ses humeurs -toute la palette humaine- ; bref, nous entrons dans son monde par une porte secrète que lui-même soupçonne à peine.
Je n’aime pas le parfum de C., ce n’est pas lui. Pourquoi ? Je ne sais… Tu me diras, lecteur, que tu ne vois pas trop pourquoi je parle de lui alors que je tente de tracer, depuis quelques jours, un portrait précis de moi, mais tu comprendras facilement qu'écrire à son sujet, c’est aussi m'écrire moi. J’aime donc son odeur, ou plutôt ses odeurs car C. est un puzzle olfactif : chaque partie de son corps en est une pièce ; chaque moment de la journée une autre. Et ce puzzle devient kaléidoscope, variation de mes humeurs. Je le sens et je le ressens, une fois de plus dans les différentes acceptions du terme, sauf celle du ressentiment -pourrais-je parler de « ressensation » ?-. Et je m’arrêterai sur cette ressensation, car ce soir C. n’est pas là physiquement. Pourtant, je suis porté à ses côtés par la réminiscence de lui dans les draps froids de mon lit esseulé.
08/11/2007#6Continuerai-je mon profil cher lecteur ? Il semblerait que le personnage t’intrigue. Il n’a pas rempli son portrait et avoue tout de go qu’il n’aime pas les gens, qu’il aime C. Tu comprends donc qu’il ne recherche personne ici ; d’autant plus qu’il est hautain cet olibrius ! Pour qui se prend-il l’animal ! Mais pour ce qu’il est, ni plus, ni moins. Tu remarques aussi de ta vive sagacité qu’il dit « personne » et non « rien », comme beaucoup. Cet homme méprisant serait-il plus respectueux que beaucoup ?
C’est peut-être plus complexe que ça encore. Et en effet, je ne peux te l’expliquer. J’ai du mal à aimer -et sans doute aucun à être aimé-, alors je ressens les gens, c’est plus simple, plus sûr, plus dur à expliquer. Τὸ ἐμπειρικὸν ζώον pourrais-je plagier. Cependant, la vue ne me suffit pas… Je fais partie du vulgum pecus -Eh oui ! Eh oui ! Il m’arrive de l’avouer, mais je l’écris rarement, par pudeur…- et un rapport humain commencera le plus souvent par un ravissement des yeux, mais il y a un au-delà épidermique qui unit en une synesthésie le toucher -une poignée de mains, un baiser-, l’ouïe -le bruissement d’une étoffe ou le ramdam du métro- et encore plus l’odorat. Avec certitude, je le clame : j’ai l’odorat fantasmatique !
06/11/2007#5« Vous aurez de l'encre noire, des tableaux noirs, des tabliers noirs. Le noir est, dans notre beau pays, la couleur de la jeunesse. » écrivait Giraudoux. Je suis un peu moins jeune que la jeunesse, mais le noir est aussi ma couleur. Les déliés d’une plume ne sont que les lacs d’ébène dans lesquels les mots prennent leur sens.
J’aime cette couleur, qui n’en est pas une, tout comme j’aime la nuit, sa sérénité, son calme : les déambulations de mes pas sur le noir de l’asphalte, vers trois heures du matin, lorsque les trottoirs m’appartiennent ; la nuit est un de mes domaines, celui où je piétine les rêves des amants de Morphée.
J’aime cette couleur, qui n’en est pas une, tout comme je la trouve habit de lumière de mes émotions. Le noir unique est une utopie : ma joie peut revêtir sa chatoyance, ma tristesse se nimber de ses nuages, ma colère sombrer dans la couleur du pétrole, mes espoirs avoir son chic, mon amour la douceur de son velours... C. porte très régulièrement cette couleur, qui n’en est pas une ; ça fait partie de son charme.
J’aime cette couleur, qui n’en est pas une, tout comme ses acceptions et ses connotations. Le noir serait-il reflet d’un profond optimisme, d’une philosophe ataraxie ? «Ἔν οἶδα ὄτι οὐδεν οἶδα» : voler dans les éthers de la pensée m’éloigne trop de cette couleur chthonienne et risquerait de me brûler les ailes.
Concluons donc, cher lecteur en disant que ma vie sera noire, donc belle, et l’ombre de ma mort sera noire, donc belle.
04/11/2007#4« Quant à l’or… Il est à Hélios tout ce que sont les sifflantes au silence… » écrivais-je il y a peu. Le silence est capital dans ma vie ; paradoxalement, le bruit aussi.
Le bruit de fond est un besoin splanchnique et intellectuel, foule, télévision…, brouhaha bouillon grouillant qui me permet de me retrouver, de me recentrer. Il doit être aimant et attirer les bruits qui me sont intérieurs, les soucis qui s’entassent dans ma tête, les pensées qui s’entrechoquent dans mes hémisphères : je me retrouve seul et serein. C. -Rappelle-toi lecteur ! Je t’ai dit qu’il était cet être doté d’amour qui me supportait depuis plusieurs mois maintenant !- me demande régulièrement, dans les transports en commun, si je suis avec lui, si je suis présent. Dois-je lui dire que dans mes yeux, il lit ce phénomène ? Que l’atmosphère me déshabille de mes bruits parasites ?
Alors, c’est le silence. Je me sens bien. Languide. J’aime alors me lover dans ses bras, nimbé dans son regard rassurant. Et je ne lui dis rien.
Certains sons plus maîtrisés n’effacent pas que les bruits ; l’espace qui m’entoure disparaît dès que certaines notes débutent : une voix, une mélodie, un instrument, un voyage immobile sur le territoire vierge que le monde et moi formons alors en cet instant. 03/11/2007#3D’or et d’argent. J’ai expliqué dans mon post précédent mon pseudo ; j’y rajoute en ce jour ce fragment de moi. Encore une antinomie en perspective, quitte à te lasser, toi qui erres entre ces lignes. La pâle clarté de la lune ne peut qu’appeler l’argent. Je ne suis pas monnayable, mais je pense à ce métal qui me ressemble : il a un terne éclat et des airs sulfureux, il peut briller de noirceur, comme la lune dans ses draps de Ténèbre moirée. Il est une antinomie métallique : il soigne tout aussi bien qu’il empoisonne ! Qu'argyrisme est un mot aux oreilles chantant !
L’argent est ductile à ce qu’il paraît. Il est au diapason de mon métier : je conduis certains dans les contrées qu’ils apprennent à connaître pour mieux se connaître. Γνωθι σεαυτόν pouvait-on lire dans une de ces contrées ; j’apprends aussi -et toujours- à me découvrir à travers nos -les tiens et les miens- regards qui convergeront un jour ou l’autre. Je n’ai pas la prétention de me connaître, mais par ton intermédiaire, je pourrai me dire un jour : « Tu te connais enfin ; apprends désormais à t’aimer ».
La parole est d’argent aussi, et je ne suis que Verbe(s) : écrire, lire, parler, aimer… Tu me suis toujours lecteur ? Ce serait un comble que le conducteur que je suis t’égare dans ces méandres !
Quant à l’or… Il est à Hélios tout ce que sont les sifflantes au silence…
01/11/2007#2Pourquoi le choix de ce pseudo ? Voici une petite marche pour vous hisser vers moi, pour me comprendre un peu plus… Je vous invite à remonter en ces temps où les croyances étaient des images plus innocentes qu’en ce jour, chez ces penseurs qui voyaient en Σελήνη l’astre lunaire et en Hλιος une personnification solaire. Il est triste de constater que je n’arrive pas à retranscrire l’esprit qui inaugure le mot. Dois-je y voir un malheureux présage ? Ce blog sera-t-il sans esprit ?
Pourquoi le choix de ce pseudo donc ? En plein accouchement de ces lignes et de ce moi qui existe parce qu’il écrit, n’est-il pas normal que j’invoque les astres d’une naissance, d’une cosmogonie dont nous serons, toi, lecteur potentiel et moi, les totems -je ne veux pas parler de déités, elles sont déjà trop nombreuses et il n’y a plus de place !- ? Que je les mêle ? Que cette union incestueuse entre notre part de féminité et notre part de masculinité montre l’oxymoron que nous sommes tous ? Car je le sais, lecteur : c’est ta part sombre qui va m’attirer, ta part de violence, de haine, de nuit noire ! C’est elle qui ne peut que rendre plus rutilants ta douceur, ton amour et la lumière que tu répands avec bienfaisance sur ceux qui t’entourent. J’essaierai d’appréhender ces contrastes qui nous construisent.
Je t’entends dire, lecteur, que je suis un être triste et aigri, voire retors. Quelle image horrible tu te fais de moi ! Suis-je si laid déjà à tes yeux ? Non, non, pas du tout ! Tu te trompes ! Regarde attentivement et tu verras que lors de cette hiérogamie, j’ai préféré que le principe masculin couvre la féminité -un vieux relent machiste sans doute-, que la clarté dissipe les ombres qui auraient pu s’installer. Je veux faire la lumière sur moi afin que tu me voies dans toute ma nudité…
31/10/2007#1Ma vie est de papier, de ce papier banal sur lequel on biffe. Je ne crois pas aimer les gens ; je les frôle, les fréquente, c’est tout. Je ne me plains pas. J’aime ne pas les comprendre et comprendre qu’ils ne me comprennent pas. Ma vie est solitude. Mais une solitude pleine.
Pleine de ma famille, loin ; pleine de mes amis, plus ou moins éloignés, suivant mon humeur, suivant la leur ; pleine de lui. Il s’appelle C., mais est-ce important ? Et que cela vous fait-il de savoir que je m’appelle S. ? Rien, j’imagine.
Je ne suis pas malheureux puisque je ne suis pas mal-aimé. Oserais-je dire que je suis aimé ? Bien sûr, si j’en crois ses paroles, ses gestes ! Je crois juste que j’apprécie cette langueur nostalgique qui caractérise mes éclats de rire, qui volent vers la lune, qui se brisent sur les caniveaux. Je m’épanouis dans les salles sombres et les lieux poussiéreux, ceux où le passage est multiple, ce qui me permet de rester seul. Il accepte cette réalité. Moi aussi.
Pourquoi un journal en ligne alors ? Je ne saurais répondre… L’idée de ces échanges qui pourraient mener à un endroit secret, connu seul de vous et moi ? La séduction d’un monde virtuel fait de vide ? Bref la vie !
Chiffonnons-là vite ! Qu’on la jette dans l’âtre rapide ! Qu’elle s’embrase !
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